Notes :
Ada = père = ada
Estel est le nom qui a été donné à Aragorn
lorsqu’ il a été recueilli par Elrond à Imladris. Signifie
« espoir » = Estel
Taur-nu-Fuin = Eryn
Galen = Forêt Noire = Taur-nu-Fuin
Lasto beth nin = écoutez ma voix = Lasto beth nin
Tolo da na ngalad = revenez à la lumière = Tolo da na ngalad
Tous ces personnages appartiennent à J.R.R.Tolkien, sauf Endoranel et Farundil, que j’ai trouvés sur un site internet qui créé les noms en elfique.
Résumé : arrivée en Lothlorien, la communauté de l’anneau se repose. Aragorn discute au loin avec Boromir, quant à Gimli, les Hobbits et Legolas, ils se reposent dans une clairière. Pour distraire les Hobbits de leur tristesse due à la mort de Gandalf, Legolas leur raconte une anecdote qui s’est passée à Fondcombe, alors qu’Aragorn était jeune. Mais le garde surprend la fin de l’histoire, et vexé, attaque l’Elfe à grands coups d’oreiller. Une bataille d’oreillers peut-elle tuer un prince Elfe ?
« Allons, jeunes Hobbits, cessez de vous lamenter, souriez un peu, et je vous conterai, pendant qu’Aragorn n’est pas là, une anecdote de son enfance. » déclara Legolas, tentant de redonner un peu de gaieté aux autres, qui tiraient une mine morose depuis leur arrivée en Lorien .
Les Hobbits se turent aussitôt, et se tournèrent vers l’Elfe. Gimli lança un grognement pour la forme, mais tendit l’oreille vers les cinq autres.
« C’était il y a très longtemps du point de vue des Humains, et Aragorn était à peine âgé de onze ans. Ses frères, Elladan et Elrohir, et moi, avions décidé de faire un pari. Le gagnant était celui qui sauterait le plus loin de la falaise de Bruinen, dans la rivière qui coulait en dessous. Malheureusement, le petit Aragorn avait entendu notre conversation et déclara qu’il voulait se joindre à nous; or ce saut risqué mais faisable par un Elfe, était bien trop dangereux pour un humain, qui plus est de onze ans, et nous avons refusé.
Nous partîmes tôt le lendemain matin, croyant qu’Aragorn dormait et ne nous avait pas entendus. Nous étions en haut de la falaise, lorsque soudain il surgit d’un fourré.
Elladan avait déjà sauté, et nous faisait des signes depuis l’eau, très loin en bas, pour que nous le rejoignions. Aragorn a couru vers Elrohir et moi, et stupéfiés, nous ne l’avons pas rattrapé avant qu’il ne se précipite dans le vide. J’ai lancé un regard rapide à Elrohir, et nous avons sauté à la suite du jeune humain fou. En remontant à la surface, je l’ai aperçu qui flottait sans connaissance non loin de nous. Nous avons nagé de toutes nos forces vers lui. Il était entraîné par le courant, qui était très violent.
Je me souviens très bien des yeux d’ Elrond lorsque que nous sommes revenus au grand galop, Elladan portant le petit dans ses bras. Il était à la fois furieux, soulagé, et inquiet,
c’était drôle. Mais la sœur des jumeaux, Arwen, nous avait vu sauter et tout Imladris était en émoi, Elrond avait déjà préparé tous ses remèdes curatifs, s’attendant à nous revoir revenir de notre expédition blessés tout les trois, comme trop souvent à son goût. Aragorn ne s’est jamais fait gronder plus fort que ce jour là depuis, son père était furieux ! »
Legolas s’interrompit lorsqu’il sentit une présence dans son dos et une ombre au dessus de sa tête, mais ne pu réagir assez vite avant que l’oreiller d’ Aragorn ne s’écrase sur son visage. L’Elfe se releva en empoignant un second oreiller, et, au plus grand bonheur des Hobbits, une bataille d’oreillers commença immédiatement. Elle dura plusieurs heures, car les deux combattants, n’ayant pas joué à ce jeu enfantin depuis bien des années, étaient infatigables. Frodon et Sam contemplaient la scène en riant, tandis que Merry et Pippin faisaient des paris.
« Mon
brave Merry, je te parie une chope de bière au Poney Fringant que c’est
notre prince Elfe qui gagne.
- Et moi deux que c’est le sale gosse qui saute des falaises qui remporte
la partie!
- Non, moi je dis Legolas parce qu’il a plus d’expérience. »
La vois de Legolas leur parvint de sous un oreiller :
« En effet, de quelle autre manière
pourrait-on distraire un gosse têtu de sauter du haut des falaises ?
-Legolas, j’avait onze ans … »répliqua
l’intéressé d’une voix faussement pleine de reproche. « Pourquoi
donc les Elfes ont-ils si bonne mémoire ? » poursuivit-il
d’un ton plaintif.
« - Pour toujours se rappeler où se trouve le sac de guérison, pour soigner un gamin trop curieux qui veut prendre exemple sur trois grand Elfes, de plus de deux mille huit cents ans chacun au moins, et les suivre partout.
- Stupide Elfe! Vous n’en aviez pas autant la première
fois que je vous ai vu!
- Dunedain têtu! Ne dites donc pas de bêtises devant ces
jeunes gens! Vous aviez à peine deux ans, vous ne pouvez pas vous souvenir
de détails tels que nos ages à moi et à frères lorsquel
l’on vous a rapporté à Imladris en 2933. J’avait exactement
2845 ans, et vos frères seulement 2803.
- Et rappelez-moi votre age aujourd’hui, mon vieux?
- 2931, et vous seulement 88, gamin!
- Zut ! Pourquoi arrivez-vous toujours à tout détourner
à votre propre intérêt?
- Parce que je suis Elfe, et j’ai de l’expérience dans ce genre
de chose - grâce à vous et à vos deux frères,
que j’ai supportés pendant tant d’années. Ouch! Sale gosse!
-Cessez de mordre mon oreiller avec vos dents pointues!
-Oh, l’humour du fier rôdeur est en baisse, on est fatigué,
peut-être? Mais il ne fallait pas me l’assener sur la tête. Aïe! »
Gimli et Boromir les regardaient se chamailler comme des gosses, étonnés de cette soudaine euphorie. De plus, ils ne comprenaient que peu de choses à leurs paroles, car dans l’énervement Legolas parlait involontairement dans sa langue d’origine, et mélangeait même le sylvain, le sindarin et le quenya dans ses insultes et ses répliques, et seul Aragorn pouvait alors le comprendre. Parfois pourtant il lançait ses railleries en Westron, pour que les Hobbits puissent profiter des meilleures moqueries. Boromir jeta un regard étonné à Gimli, et lui demanda si il comprenait quoi que ce soit. Le Nain haussa les épaules, et releva la tête au moment où Legolas s’effondrait, frappé à la nuque par un coup de traversin bien appliqué, qui le fit maugréer une malédiction en Sylvain à l’intention
d’Aragorn, puis il ne bougea plus. Aragorn récupéra ses oreillers, et tournant le dos à l’Elfe étendu dans le lit de feuilles, s’endormit presque aussitôt.
Les Hobbits, le Nain et l’Homme étaient sidérés de la vitesse à laquelle la bataille s’était calmée. Puis, voyant que les deux guerriers n’avaient toujours pas bougé et n’avaient visiblement pas l’intention de le faire, ils allèrent se coucher.
Le lendemain matin, les Hobbits furent étonnés de trouver Aragorn, Galadriel et Celeborn penchés, la mine inquiète, au-dessus de Legolas.
Merry sauta à ses pieds, et courut vers Boromir qui était déjà levé et réveillait Gimli.
« Boromir, que c’est il passé ?
Que-ce qu’il a ? Est-il blessé ? Par quoi ? Par qui ?
- Calmez-vous, Meriadoc. Je n’en sais rien. Il ne s’est pas réveillé. »
Merry courut auprès du lit de l’Elfe.
« Grand-Pas, que ce passe-t-il ? Pourquoi
ne se réveille-t-il pas ?
- Merry, ne restez pas là, réveillez Pippin et aller vite
chercher de l’ Athelas !
- Mais …
- Vite, sinon il mourra ! »
Epouvanté, Merry courut réveiller son cousin et ils partirent aussitôt à la recherche de la plante avec Sam et Frodon. Ils discutèrent tout en la cherchant, fouillant dans les buissons, retournant rapidement les fougères.
« Croyez-vous vraiment qu’il mourra ? demanda Pippin, le plus sensible des quatre Hobbits, en pleurant.
- Allons Pippin, tu montres là bien peu de courage
et bien peu de foi envers notre ami.
N’oublie pas que c’est un Elfe, un grand guerrier, et un prince :
un immortel tel que lui ne peut pas mourir ainsi.
- Mais Merry, il ne se réveille pas ! Ce n’est pas normal !
Et ce doit être grave si Dame Galadriel et Seigneur Celeborn se sont déplacés !
Et …et…
- Et rien du tout, calme-toi, il n’est peut-être que simplement
évanoui …
- Oui mais …
- Pippin, taisez-vous et cherchez au lieu de pleurnicher, vous n’aidez
pas notre ami en agissant ainsi !
-Sam, ne sois pas si dur, et … Oh regardez, de l’ Athelas ! Vite,
coupons-en, et retournons au camp, je crains qu’il ne soit trop tard.
- Ah non Frodon, tu ne vas pas de mettre aussi à dire de telles
sornettes ; moi j’ai confiance en lui, il guérira et vite !
- Tu as raison Merry, et maintenant courons ! »
Les quatre Hobbits s’élancèrent en direction de Caras Galadhon. Lorsqu’il arrivèrent au camp, Aragorn avait pris Legolas dans ses bras et se dirigeait avec les deux Seigneurs Elfes vers les chambres de soin.
Il les rattrapèrent, donnèrent l’Athelas à Celeborn, jetèrent un dernier regard plein d’espoir au prince inanimé dans les bras de Grand-Pas, et sur l’ordre de Galadriel, ils firent demi-tour et rentrèrent au camp où ils retrouvèrent Boromir et Gimli, apparemment inquiets. Ils se pressèrent autour de Boromir, le Nain étant parti à l’écart, et le noyèrent de questions.
« On se calme, je vais vous expliquer ce que Celeborn m’a dit. Il y a plus de 1500 ans, Legolas chassait avec Elladan et Elrohir, et ils ont étés attaqués par des orcs. Il a été blessé à la nuque par une flèche qu’il n’a pu éviter. Les guérisseurs du palais de Thranduil n’ont pu le guérir, et on l’amena au seigneur Elrond. Malheureusement, un morceau de la pointe de la flèche resta fichée dans sa chair. Personne ne put jamais la lui ôter ; Mais on ne découvrit que beaucoup plus tard, lorsque Legolas fut atteint d’une forte fièvre sans aucune raison apparente, que la flèche était enduite de poison de Morgul. La blessure s’est rapidement cicatrisée, et il ne reste rien aujourd’hui. Mais la pointe est toujours là et hier matin, lors du combat dans la Moria, le troll a blessé notre ami au même endroit que jadis. Le sang a ravivé le poison dans la plaie, et elle s’est a nouveau infectée.
- Mais, je croyais que les Elfes guérissaient de n’importe quelle blessure en une nuit ? il aurait dû être guéri ce matin !
- Pourtant maître Sam, même après 1500 ans, on ne guérit jamais tout à fait du poison de Morgul, même le plus fort et le plus courageux des Elfes. C’est tout comme vous, Frodon, mais vous avez été moins atteint par le poison, car vous avez été soigné rapidement, tandis que les trois Elfes étaient à plus d’un mois de route de Fondcombe. Il a donc gardé la pointe de la flèche dans son cou et le poison s’est lentement écoulé dans son corps pendant un mois entier. Toute la puissance curative des fils d’Elrond n’a rien pu faire pour le soigner, et lorsqu’ils ont enfin atteint Fondcombe, le prince était au bord de la mort. Elrond est resté à son chevet pendant plus de sept semaines, et tout ce temps Legolas resta inanimé. Enfin un jour il s’est éveillé, mais aujourd’hui je crains pour lui.
- Mais pourquoi donc n’a-t-il rien dit de sa blessure depuis ce matin, même à Aragorn, qu’il connaît pourtant depuis longtemps ?
- Vous connaissez la fierté des Elfes… Et bien que Legolas ne soit pas fier, du point de vue des Elfes comme de celui des humains, vous savez qu’il déteste montrer qu’il est blessé, car il ne veux pas inquiéter les autres et encore moins Aragorn. »
Ils tournèrent brusquement la tête, car Gimli avait laissé entendre un reniflement, mais ils ne surent jamais si ç’avait été un pleur ou du mépris.
Boromir regarda vers Caras Galadhon, la belle ville des Elfes, et proposa aux quatre Hobbits d’aller voir aux chambres de soins si le prince allait mieux.
Quelques minutes plus tard, à l’entrée des chambres de soins...
Laissant les Hobbits à l’extérieur, Boromir entra dans la salle où se tenaient Galadriel, Celeborn, Aragorn, et les guérisseurs du palais. Il demanda des nouvelles à Aragorn, qui l’emmena par une petite porte dans une pièce minuscule qui jouxtait la salle où se trouvaient les Elfes. Dès qu’ils furent seuls, Aragorn fondit en larmes.
« C’est ma faute, je l’ai frappé à la nuque hier, et j’ai ainsi aggravé sa blessure. Et j’aurais dû me rendre compte qu’il était blessé, et j’aurais dû me rappeler cette ancienne histoire, et j’aurais dû me rendre compte que son immobilité soudaine hier soir n’était pas normale, et j’aurais dû …
-Aragorn, cessez ces lamentations, vous n’êtes pour rien dans son état actuel. De plus, nous pouvons faire confiance à tous les Elfes qui s’occuperont de lui. Je vous le promets, il s’en sortira cette fois encore. »
Il y eu un long silence qui dura plusieurs minutes, durant lequel Boromir tenta maladroitement de consoler Aragorn.
On frappa à la porte. Boromir ouvrit pendant qu’ Aragorn, séchant ses larmes, tentait de retrouver sa dignité. Dame Galadriel entra.
« Venez, fils d’ Arathorn, le prince est conscient et vous réclame. Vous devriez faire vite, je ne sais pas si il tiendra longtemps, il risque de s’évanouir à nouveau. »
Bousculant Boromir, Aragorn se précipita dans la petite chambre, et s’approcha du lit.
« Estel ? Je…je voudrais que vous demandiez…à
Elladan et …Elrohir de venir, j’aimerais les revoir…peut-être une dernière
fois…
-Ne dites pas de bêtises, Legolas fils de Thranduil! Vous vivrez !
Et gare à vous si vous vous laissez dépérir...Legolas ?
Legolas !? »
Il s’était à nouveau évanoui, mais la dernière remarque du garde avait éclairé son visage de porcelaine d’un léger sourire.
Galadriel prit doucement Aragorn par le bras et sortit de la pièce avec lui.
« Venez, je vais envoyer un messager à Imladris pour que vos frères viennent rapidement, et je suis sûre qu ils arriveront très bientôt. Faites partir la peine et l’inquiétude de votre cœur, car votre ami est un farouche guerrier, contre les orcs et les mauvaises choses tout comme contre le poison qui l’envahit. Il guérira, je vous le promets. »
La dame Elfe emmena Aragorn jusqu'à son miroir, dans une petite clairière isolée de la ville.
Elle versa de l’eau dans le baquet, et Aragorn s’ y pencha. Au bout de quelques secondes il aperçut ses frères recevant le message à Fondcombe, puis au grand galop, montés sur des chevaux blancs sous les arbres. Il vit aussi le prince, tel qu’il l’avait rencontré la première fois, embusqué dans un arbre et protestant, bien que ce soient ses amis, contre les deux gardes qui le suivaient partout. Puis il y eu une vision de Legolas, dans un endroit très sombre, de dos, ses armes sur le dos et son carquois vide, se retournant vers lui avec un regard à la fois sévère et déçu, comme si Aragorn avait trahi un des secrets du royaume de Mirkwood. Cette image fit frissonner le garde, et il vit ensuite un endroit très sombre où il aperçut ses frères et son ami, rayonnants de la lumière des Elfes. Puis il y eut la vision d’une très grande bataille, et Aragorn vit Legolas regarder vers le bas, l’expression de son visage montrait clairement qu’il ne voulait pas croire ou accepter quelque chose. Puis Aragorn aperçut l’Undomiel dans la main du prince, et il eu brutalement une pensée qui le terrifia : Arwen aurait-elle pu tomber d’une falaise devant les yeux de son ami ? Puis brusquement l’image devint floue et le miroir ne montra plus que la lumière des étoiles au-dessus d’eux. Aragorn releva la tête d’un air étonné, ne comprenant pas ce que signifiaient toutes ces choses. Galadriel lui sourit mystérieusement, mais ne lui expliqua pas ce que le miroir lui avait montré.
Quelques jours, plus tard, près de Fondcombe...
Elladan et Elrohir nageaient au gué de Bruinen, lorsque Glorfindel arriva au grand galop, tenant les chevaux des jumeaux par la bride.
« Vite, sortez de l’ eau, un messager est arrivé de Lorien, votre ami le prince Legolas de Mirkwood est en grand danger de mort, le poison de la flèche s’ est réveillé! »
Les jumeaux se regardèrent un instant, ahuris et effrayés, puis ils sortirent de l’eau en courant, et sans prendre la peine de se sécher, sautèrent sur leurs chevaux, et partirent à toute allure avec Glorfindel.
Arrivés à Fondcombe, ils coururent chercher leur père dans son étude.
« Ada, est-ce vrai ? Vous nous aviez dit que le poison dans sa blessure avait peu de chance de se réveiller…
-Hélas, mes fils, c’est arrivé. Galadriel vous demande expressément de venir, Legolas vous réclame, et Estel a besoin de soutien. Allez, maintenant, vous avez assez de puissance curative pour aider à le guérir. Assez traîné, votre ami est blessé depuis plusieurs jours déjà. Vite! »
Elladan et Elrohir enfilèrent rapidement des vêtements secs, prirent rapidement quelques provisions et partirent à nouveau au grand galop en direction du Bois d’Or.
Ils galopèrent plusieurs jours sans faire de pause, et ils arrivèrent enfin en vue de la Lorien.
A peine arrivés, ils se rendirent en courant aux chambres de soins, où reposait Legolas. Ils croisèrent Dame Galadriel et Aragorn dans le couloir:
« Estel, Madame, comment va-t-il? »
La grande dame devança Aragorn :
« Il est inconscient pour le moment, Elrohir, mais il se réveille de temps en temps. Il vous a à nouveau réclamés tout à l’heure, mais s’est évanouit tout de suite après.
-C’est ma faute, frères, je l’ai frappé
hier.
- Estel, ne soyez pas stupide, et amenez-nous à sa chambre. »
Elladan et Elrohir se pressèrent à la suite de leur frère, tandis que Galadriel retournait dans ses appartements pour envoyer un message au roi Thranduil, le père de Legolas. Celeborn appela Aragorn, car il savait que la présence de leur frère gênerait les jumeaux.
Lorsqu’ils arrivèrent dans la pièce, le prince était conscient et sourit à leur arrivée.
« Enfin, mes amis, vous voilà. Je désespérais
de vous revoir un jour.
- Ne dites donc pas tant de sottises, Legolas, sinon le père
aura vos oreilles pour ceci. »
Legolas rit, car la menace d’ Elrond pour ses fils et lui-même était bien souvent répétée lorsque l’un d’eux était blessé. Mais son rire lui provoqua une violente toux, et un peu de sang s’écoula de sa blessure, au grand désarroi des jumeaux, qui cessèrent leurs plaisanteries et commencèrent immédiatement à s’occuper de leur ami, qui saignait maintenant abondamment. Pendant qu’ Elrohir faisait bouillir de l’eau pour les Athelas et les plantes que leur père leur avait données, Elladan examina la blessure, et posant ses mains sur les tempes du prince, il le fit s’endormir, ce qu’il avait souvent fait lorsqu’ Aragorn et Legolas rentrait blessés de leurs expéditions, les deux réunis étant la paire la plus casse-cou de toute la Terre du Milieu. Il sourit lorsqu’ il se rappela nombre de fois où le prince et le garde avaient inquiété tout Imladris et Eryn Galen. Une fois en particulier, ils revenaient pas d’un simple voyage de chasse, et étaient rentrés blessés tous les deux. Legolas, une flèche dans l’épaule, portait Aragorn qui était inconscient et ils avaient tous deux une forte fièvre. Elrond était furieux, Thranduil aussi, mais les deux seigneurs étaient si soulagés de retrouver leurs fils vivants, bien que blessés, qu’ils ne les avaient que peu grondés. Elrohir tira son frère de ses pensées en arrivant avec la cuvette d’eau chaude où flottaient des Athelas. Ils baignèrent la blessure, puis laissèrent leur puissance curative faire le reste. Les guérisseurs avaient eux aussi cette puissance, mais Elrond étant le meilleur guérisseur et le plus sage des Elfes de toute la Terre du Milieu, ses fils avaient hérité de ses dons et avaient beaucoup d’expérience.
Au bout de presque une heure, ils sortirent de la salle, laissant Legolas se reposer aux mains des guérisseurs. Ils allèrent retrouver Aragorn et la compagnie dans la clairière, s’assurant qu’aucun des autres n’était blessé. Les Hobbits les pressèrent de questions, car ils n’avaient pu voir leur ami depuis près de six jours :
« Comment va-t-il ? Est-ce qu’il est vivant ? Peut-on aller le voir ? Qu’est-ce que dit Galadriel ? Et est-ce qu’il va guérir ? Et quand ?
- Calmez-vous, jeunes gens, il va beaucoup mieux qu’au début de la semaine, et il guérira. Mais quand, je ne le sais pas. » Pendant qu’ Elladan répondait aux nombreuses questions des Hobbits et à celles de Boromir qui les avait rejoint, Elrohir s’approcha d’ Aragorn.
« Estel, ne vous tourmentez pas, vous saviez
que ça devait arriver un jour, il vaut mieux que cela se soit produit ici,
en Lorien, où on peut le soigner, plutôt que dans la Moria, hier.
-Vous avez raison, mais c’est ma faute, car je…
-Il suffit ! Vous me l’avez déjà dit, et c’est faux.
Que vous ayez oublié cette histoire n’a rien changé, il était
blessé avant que vous ne le frappiez. De plus, cela vous a permis de remarquer
qu’il était blessé sinon vous seriez partis en Mordor sans le savoir,
et là vous pouvez être sûr qu’il serait mort.
-Mais, depuis si longtemps que je le connais, c’est toujours de ma faute
s’il est blessé, si je ne l’avais pas rencontré, il n’aurait jamais
été au bord de la mort.
-Si vous ne vous étiez pas rencontrés, vous seriez mort
depuis longtemps, et lui peut-être aussi. Rappelez-vous le nombre de fois
où il vous a sauvé la vie, et où vous avez sauvé la
sienne !
-Oui, mais lui est un prince immortel, et s’il meurt, c’est bien plus
désastreux que si c’est moi, simple mortel !....snif…
-Estel…
-…
-Estel, écoutez-moi ! Vous n’êtes pas un simple rôdeur,
vous êtes Aragorn, fils d’Arathorn, descendant d’Elwing et d’ Eärendil,
et héritier au trône du Gondor ! Vous êtes estimé
et respecté chez les Elfes et les Hommes, protégé d’Elrond
le sage, amour d’Arwen Undomiel la belle! Imaginez donc sa tristesse si vous mourriez!
-…
-Votre mort serait tout aussi catastrophique que la sienne. Ada ne vous
aura pas nommé Estel pour rien, ressaisissez-vous, il guérira, et
vous le savez.
-Snif…Merci… Elhir…
-Elhir ? Vous ne m’avez pas appelé ainsi depuis bien longtemps,
Estel, attention, vous retombez dans l’enfance !
-Voui, snif…Je voudrais que vous me serriez dans vos bras comme quand
j’étais petit…
-Eh, bien, c’est plus grave que je ne le croyais…alors, venez, petit
frère. »
Elladan se retourna alors, et apercevant ses frères enlacés, sourit.
« Estel doit vraiment être secoué par la blessure de Legolas pour réagir ainsi, je devrais en parler à Ada et Galadriel. »
Voyant sa mine tout à coup soucieuse, les Hobbits lui demandèrent ce qui n’allait pas. Lorsque ils remarquèrent Aragorn et Elrohir assis par terre, le garde laissant enfin sa tristesse se dévoiler, ils s’éloignèrent avec Gimli et Boromir pour laisser les trois frères seuls.
Elladan s’approcha des deux autres, et voyant qu’ Aragorn s’était endormi comme un enfant dans les bras d’Elrohir, murmura au creux de l’oreille effilée de son frère qu’il devraient aller contrôler l’état de Legolas. Elrohir sourit, et sans un mot, prit Aragorn dans ses bras et ils se dirigèrent silencieusement vers les chambres de soin.
Elrohir déposa doucement son frère dans le lit de la chambre voisine de celle de Legolas et rejoignit Elladan auprès du prince. Les guérisseurs les laissèrent seuls.
« Est-il mieux ?
-Non, il a la fièvre, allez prévenir Celeborn, qu’il avertisse
Ada.
-…
-Elrohir ? M’avez-vous entendu ?
-…
-Elrohir ?!
-Elladan ?
-Oui frère ?
-Croyez-vous qu’il mourra ?
-Non, je ne pense pas. Mais...
-Mais cela fait plus de six jours qu’il est ainsi, c’est ce que m’a
dit Aragorn.
-Ne me coupez pas la parole, frère. Il est fort et connaît
déjà ce genre de poison, il sait le combattre. Mais je vous ai demandé
quelque chose…
-Oui, j’y vais. Mais je crains pour notre ami et Estel.
-Allez, je resterais veiller sur eux. »
Elladan resta seul avec Legolas, et contempla le prince. Son visage était tranquille et serein, mais par moments ses traits se contractaient, trop souvent au goût d’Elladan, en une grimace de douleur. Il se rappela les nombreuses farces qu’il avaient fait subir au prince lorsqu’ils étaient enfants, dont une particulièrement réussie qui avait consisté à droguer le prince le soir pour qu’il dorme profondément, puis à venir le chercher durant la nuit et l’ amener au dessus de la grande rivière. Là, Legolas s’était éveillé en sursaut, mais n’avait pu réagir assez vite, tout endormi, lorsque les frères l’avaient empoigné par les mains et les pieds puis jeté de la falaise dans l’eau tumultueuse. Elladan rit malgré lui lorsqu’ il se remémora la grimace furieuse et mouillée du prince, habillé d’un simple pantalon de soie pour la nuit et torse nu, les poursuivant pendant plusieurs heures, dans le froid piquant de la nuit. La lune était cachée et Legolas ne connaissait pas encore très bien la forêt. Les frères l’avaient emmené assez loin de Fondcombe pour qu’il se perde, puis l’avaient abandonné seul, rentrant se coucher. Le pauvre petit prince avait passé la nuit dans un arbre, ruminant sa vengeance durant la nuit, car il savait que si il cherchait à rentrer avant que le jour se lève, il risquait de s’éloigner encore plus. Il n’avait pas l’intention de faire plusieurs dizaines de kilomètres pieds nus le lendemain matin! Il était revenu à midi, furieux et transi, enveloppé dans la grande cape du seigneur Glorfindel. Assis devant le grand Elfe sur Asfaloth, ses petits pieds ensanglantés, il jetait des regards assassins à tous ceux qui osaient rire de sa situation ou même sourire. Glorfindel avait surpris les frères la nuit lors d’une ronde dans la forêt, et ils lui avaient avoué que le prince était seul quelque part. Il était immédiatement parti à sa recherche, mais ne l’avait retrouvé que le matin. Legolas était épuisé d’avoir tant marché, car il s’était mis en route dès les premiers rayons de soleil.
Un gémissement provenant du lit fit aussitôt revenir Elladan à la réalité. Legolas s’était éveillé et la blessure saignait à nouveau.
« Ne bougez pas tant, Legolas, sinon je ne
pourrais pas mettre de bandage.
-Où …où est Estel ?
-Il dort à coté. Voulez-vous que je le réveille ?
-Non, mais…J’ai soif… »
Elladan le fit boire, et à ce moment Elrohir entra dans la pièce.
« Le messager vient de partit pour Eryn Galen, Thranduil sera vite prévenu. Legolas, allez-vous un peu mieux ? »
Legolas, incapable de parler, se contenta de hocher la tête. Elrohir prit la place de son frère tandis qu’il allait voir Aragorn.
~*~*~*~*~*~*~
~ ~Elbereth, qu’est ce que j’ai mal au cou ! Je n’arrive même plus à bouger!
Iluvatar, pourquoi suis-je donc ainsi paralysé ? C’est une horrible sensation !
--Legolas…--
J’entends une voix qui m’appelle… Qui est-ce ?
--Legolas, lasto beth nin !--
Mais qui êtes-vous ? Qui me parle ? Et pourquoi est-ce que je ne peux plus me réveiller ? Elbereth ait pitié ! Aidez-moi !
--Tolo da na ngalad !--
Je veux répondre mais je n’y arrive pas…
Elrohir? Est-ce vous qui m’appelez ?
Que se passe-t-il ? Quelle est cette étrange lumière ? Comment suis-je arrivé à Taur-nu-Fuin ?
Endoranel ? Farundil ? Que faites-vous ici ? Vous étiez en voyage de chasse quand je suis parti ?
Répondez-moi ?
-Nous sommes morts, mon prince.
-Vous ne devriez pas être ici, Legolas. Votre mission en Terre
du Milieu n’est pas terminée.
-Vous devez écouter votre cœur et vos amis, et revenir à
la vie.
-Partez, maintenant !
~ ~Mais je ne veux pas ! Je veux rester avec vous ici, vous êtes mes amis.
-Nous sommes aussi vos gardes, et notre mission, même morts, est de vous protéger. Partez !
~ ~Mais…Non, ne partez pas !
Encore cette lumière ?
Elrohir ?! Comment puis-je voir votre visage ?
-Peu importe la façon dont je vous apparaît, écoutez-moi, Legolas, sortez du monde des ténèbres et retournez à la vie. Estel dépérit, nous sommes tous très inquiets, et la compagnie a besoin de vous...
~ ~Mais je veux rester avec Maglor et Mablung ! Et il y a des pousses de bouleaux blancs dans ma forêt, je les ai vus tout à l’heure...Pourquoi donc souriez-vous? Ces arbres sont rares ici!
-Je vous promets que lorsque vous serez revenu à la vie, il y en aura des dizaines dans les
jardins de Lothlorien. Revenez à nous, maintenant.
~*~*~*~*~*~*~
Elrohir poussa un cri de joie :
« Elladan, venez vite ! La fièvre vient de tomber,
et il se réveille ! »
Elladan accourut, et se penchant vers le prince, constata que son souffle
était enfin perceptible.
-C’ est un miracle! Legolas? Ca va?
-Je crois...Mais quelle mal de crâne ! Estel est trop violent
avec ses oreillers! »
Aragorn fut réveillé par le bruit cristallin du rire des trois Elfes. Il sauta du lit et entra dans la chambre où reposait Legolas en bousculant ses frères.
« Legolas, vous êtes vivant ! Je
désespérais de ne jamais vous revoir! Cela fait presque une semaine
que vous êtes au bord de la mort !
-Je vous suis donc si cher...
-Non, c’est une blague.
-Sale gosse ! Au fait Elrohir, vous devez me montrer ces fameux
bouleaux blancs!
-Hé bien...En fait il n’y en a pas, j’ai dit ceci pour vous inciter
à revenir à nous. »
Legolas le maudit en sindarin, au plus grand plaisir d’Aragorn qui voyait son ami retrouver toute sa vitalité, intellectuelle aussi bien que physique, car le prince tira brusquement l’oreiller de sous son oreille pointue pour taper Elrohir, qui avait eu la très mauvaise idée de s’approcher assez près du lit pour qu’il puisse l’atteindre.
Boromir, Gimli et les Hobbits, alertés par les rires, s’étaient approchés de la chambre. Merry et Pippin coururent vers leur ami, et sautèrent joyeusement sur le lit de Legolas.
« Legolas, vous êtes vivant !
-Et en bonne santé !
-Et joyeux !
-Et...
-Et Pippin, tais-toi !
-Dites, c’est gentil d’être venu me voir, mais si vous voulez
des nouvelles il faudrait me laisser parler. Et descendre de mon estomac parce
que là, vous m’écrasez. »
Et au plus grand plaisir des quatre Hobbits, Legolas
leur expliqua tout ce qui s’était passé depuis la chasse où
il avait été blessé, ce qui dura très longtemps.
Les Hobbits auraient voulu qu’il continue de leur raconter, mais Galadriel
arriva et leur demanda de se préparer pour le voyage :
« Dès que Legolas se sera reposé,
ce qui ne tardera pas, si j’en juge de la rapidité avec laquelle il a recouvré
ses sens, vous devrez repartir vers votre quête. Nous vous prêterons
des barques, et des vivres ; mais pour le moment, laissez votre ami se reposer.
N’oubliez pas, tous, que s’il est guéri, la flèche n’en est pas
moins toujours dans sa chair, et le poison présent, prêt à
se réveiller à nouveau...
-Oh madame, ne parlez pas ainsi, on dirait que vous annoncez ma mort
proche !
-Mes paroles sont des avertissements, Legolas, non des prédictions... »
Les Hobbits, Gimli, Boromir et Aragorn quittèrent alors la salle,
laissant Legolas avec Elladan Elrohir. Galadriel retourna dans le palais.
Trois semaines plus tard, la Communauté de l’Anneau fut prête au départ. Legolas était parfaitement rétabli, grâce aux jumeaux qui l’avait forcé à rester au lit. Mais comme Galadriel l’avait dit, la flèche et le poison était toujours là...
