L'ombre de Dol Guldur


Chapitre 6

Legolas cligna des yeux. Il prit peur un instant, car il ne put reconnaître les frondaisons des arbres sous lesquels il gisait. Il porta la main à sa cuisse et dégagea son poignard de ses lanières, puis se redressa lentement. Des galets roulèrent sous ses mains lorsqu’il s’y appuya. Tout était calme autour de lui. Rien ne bougeait, à part quelques oiseaux dans le ciel. Un froissement. Legolas bondit sur ses pieds et se retourna vivement. Un écureuil, effaré, le regardai fixement, les yeux grands ouverts, et laissa tomber sa noisette de saisissement.

L’elfe se sentit stupide.

Pardonne-moi, petit écureuil… je t’ai pris pour autre chose.

Il regarda le poignard dans sa main. Son bras tremblait, et il se sentait épuisé. Il ne savait pas où il était.

L’elfe rengaina son arme, et, posant les mains sur sa taille, inspira un grand coup. Mais il se recroquevilla instinctivement en sentant une douleur pointue déchirer son abdomen. Un bandage de fortune lui enserrait la taille, et il commença de se teinter d’écarlate. Les souvenirs de Legolas lui revinrent tout à coup.

Il resta prostré plusieurs minutes, incapable de bouger. Lorsqu’il releva la tête, les galets dansèrent devant ses yeux, formant des sortes de vagues grises, blanches et noires qui roulaient et se reformaient à l’infini. Il regarda sur le coté pour dissiper ce désagréable tournis, mais ce ne fut que pire. Les arbres plièrent et firent une farandole de bruns et de verts dans sa tête, la rivière devant lui parut gronder plus fort et les rouleaux démesurément tordus paraissaient l’attirer irrésistiblement.

Je… j’ai soif…

Il se leva tant bien que mal, et chancelant, se dirigea vers la rivière.

Ne donne jamais à boire à un blessé, Legolas, jamais ! souviens-t’en…

Zut pour les conseils de mon père…

Et il se laissa tomber à genoux dans l’herbe sèche. Il se pencha en avant, et plongea les deux mains en coupe dans l’eau. Il porta le liquide à ses lèvres, et but goulûment. Trop vite. Il avala de travers, et se mit à tousser violemment. Il sentit ses joues devenir écarlates, et se redressa sur ses genoux, mais déjà déstabilisé, il tomba en avant, la tête la première dans l’eau.

Non… pas… pas deux fois !

Legolas était projeté contre les rochers par le courant, et il commençait à ne plus rien ressentir. Ses jambes meurtries ne l’inquiétaient pas le moins du monde, ses mains gelées pas plus que le reste. Il était épuisé. Plus rien ne l’intéressait. Il voulait juste avoir moins froid… froid… il se roula en boule. Le courant l’entraînait toujours plus loin, mais il n’en avait cure. Les bras croisés sur la poitrine, les jambes repliées sous lui, il accusait les chocs contre les rochers sans plus s’en formaliser. Il ferma les yeux, et plongea sans y prendre gare dans un rouleau monstrueux.

Il s’ " éveilla " au fond de l’eau. Il entendait le courant puissant rouler et rouler encore autour de lui. Il sentait le poids de la vague récurrente au-dessus de lui qui compressait son corps. Il n’eut aucune pensée. Il constata qu’il se trouvait sous l’eau. Rien de plus. C’était normal. Il n’avait jamais été ailleurs. Il n’avait jamais existé avant qu’il ne se trouve sous l’eau.

Legolas constata qu’il n’avait plus d’air : ses poumons lui faisaient sentir une douleur aigue. Il ne pensait à rien. Il écoutait juste le tonitruant rouleau gronder sur lui. Sa gorge se serra soudainement, une douleur brûlante pris possession de sa poitrine.

- Je dois respirer !

Mais il ne savait comment faire, et le rouleau le maintenait toujours plaqué au fond. Il se sentait oppressé. Ecrasé par la vague monstrueuse, incapable de bouger. Et bien incapable de penser à le faire…

Il ouvrit la bouche, cherchant à respirer, et l’eau froide et terreuse s’y engouffra. Il voulut tousser, mais ne parvint qu’a aspirer encore plus d’eau. Il s’évanouit.

Des mains plongèrent dans l’eau et attrapèrent fébrilement les épaules de Legolas. Elles le tirèrent du rouleau avec bien des difficultés, puis portèrent l’elfe inconscient sur la rive.

Elrohir se pencha sur lui.

Il respire, Elladan… juste un peu sonné je crois.

Bien. Surveille-le jusqu’à ce qu’il se réveille, nous ne devons pas traîner ici.

Il resserra le bandage de Legolas, à demi arraché par le courant, puis posa les mains sur les épaules de son frère.

Ne t’inquiète pas, il en a vu d’autres. Il s’en remettra !

 

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