Une ville gigantesque, tentaculaire, où l’air pollué recouvre la vie d’un opaque brouillard gris. Dans cette ville, il y a de nombreuses rues, surpeuplées et bruyantes comme les artères d’une fourmilière, mais une seule nous intéresse. Dans cette rue, de nombreux immeubles, géant de fer et de béton qui assombrissent encore la vie par leur présence écrasante, mais un seul attire notre attention. Dans cet immeuble, d’innombrables appartements, tous enfermants des histoires insipides et pourtant terrifiantes de la vie de tous les jours dans cette aveugle monstre qu’est cette ville. Mais un seul appartement est pour nous, c’est au 15ème étage, le numéro 7, le quatrième à gauche à la sortie de l’ascenseur. Et c’est l’histoire d’Angelina qui va nous être rapidement compter.
Angelina est comme tout le monde dans cette ville, elle se lève tous les jours à 05h30 sur un mauvais air de radio, fait sa toilette, déjeune rapidement quelques mets insipides et part travailler. A partir du moment où elle glisse hors de son immeuble dans la foule dense et rendue grise par le brouillard, elle devient une autre de ces impersonnelles figures qui marche d’un air pressé dans la rue. Elle rejoins son métro et se retrouve à nouveau enfermée dans cette grande boîte de conserve à êtres humains. Elle arrive à son travail, un autre grand immeuble impersonnel, la seule chose qui permet de le différencier de celui où elle habite sont les grandes lettres rouges désignant cette entreprise, Angelina les connaît si bien qu’elle n’y fait même plus attention. Elle arrive finalement dans son bureau. Un de ces bureaux qui tient entre quatre petites cloisons perdu au milieu d’une mer d’autres bureaux dans une salle gigantesque, où les signes de vie se résume aux bruits mécaniques et électroniques des ordinateurs. Elle finit cette longue journée aussi longue que chez elle et affronte à nouveau les marées humaines pour revenir dans son appartement.
Mais ce soir, Angelina en a assez, elle ne fait pas comme à son habitude en rentrant. Là, elle s’écroule directement sur son lit et se dit qu’il lui manque quelque chose dans sa vie, il faut qu’elle trouve ce qui lui manque. Elle réfléchi pendant une bonne partie de sa nuit avant d’être emportée par son sommeil. Le lendemain, vaincue de ne pas avoir trouvé de solution, elle répète son rituel inlassable de préparation à sa journée. Mais aujourd’hui quelque chose d’étrange va se passer. Elle arrive devant la bouche d’entrée de son métro et un homme habillé de rouge se distingue au milieu de la foule grise de gens pressés. Il joue de l’accordéon mais personne ne semble l’écouter. Seule Angelina s’arrête devant le vieil homme et écoute la musique entourer son corps et s’enrouler autour de son âme, elle se sent voler au travers des notes, la mélodie la porte dans des endroits que seule son imagination connaît. Elle regarde le vieil homme dans les yeux. Les yeux bleus du vieillard pétillent et il lui sourit. Angelina s’approche de l’homme et lui dit d’une voix suppliante « Aidez-moi », le sourire du vieil homme s’élargit encore, rajoutant une multitude de rides à son visage et lui répond « Je l’ai déjà fait » puis il s’en va.
Etrangement, Angelina ne se sent pas triste de le voir partir. Elle n’arrive pas à effacer un petit sourire dans le métro, elle surprend même certaines personnes à se mettre à sourire en la voyant. Elle arrive à son bureau et passe sa journée à chantonner l’air que le vieil homme jouait. Cet air ne la quitte pas, elle a l’impression de sentir les lambeaux de la musique s’accrocher à elle. Quand enfin, elle rentre chez elle, le sourire et la musique sont toujours là avec elle. Elle ne cherche plus à réfléchir, elle laisse son envie s’exprimer et elle chante, au départ elle se tient à la musique qu’elle connaît mais petit à petit, son âme s’ébroue et la porte dans d’autres chants, d’autres espaces, enfin elle a trouvait ce qui lui manquait.
