Vengeance et araignées

chapitre 2

Alors qu’il tremblait d’un froid soudain, Lenwë sentit plus qu’il n’entendit, quelque chose se briser derrière lui. Il sauta à ses pieds et ouvrit vivement la porte de la chambre. Legolas était là, agenouillé sous la fenêtre, les yeux fermés et l’air terrifié. Lenwë courut à lui et se mis à genoux à son côté.

- Legolas ?

Le Prince Elfe entrouvrit les yeux, et regarda autour de lui sans mot dire.

- Legolas, réponds ! Qu’as-tu donc !

Lenwë suivit des yeux le regard de son ami. La main pâle de Legolas serrait le dossier d’une chaise renversée, comme s’il voulait s’y raccrocher. Les débris de ce qui avait été un bol de terre cuite étaient éparpillés sur le sol. Le Prince-Elfe releva la tête, et s’appuyant sur l’épaule de son ami, se releva lentement. Mais comme soudain prit d’un vertige, il chancela et ferma les yeux. Lenwë bondit et le rattrapa alors qu’il s’effondrait. Il l’assit, le dos au mur, et lui fit boire l’eau fraîche d’un bol sur la table. Legolas cligna plusieurs fois des yeux, et son regard se fixa sur le jeune Garde-Elfe. Il se ramassa sur lui-même et passa ses fins bras autour de ses genoux.

- J’ai froid, Lenwë… Tu ne sens pas que l’air est plus froid que d’habitude ?

- Legolas, tu n’es pas bien. C’est normal que tu aies froid. Rien n’est différent cette nuit.

Sa voix paraissait ferme à côté des murmures de son ami. Pourtant, il tentait de se convaincre lui-même de ce qu’il venait d’assurer à Legolas. Que rien ne changeait. Que rien ne changerait jamais dans la Forêt millénaire. Et pourtant il ne put s’empêcher de penser aux récits de Legolas, ces histoires qu’il racontait tristement, la bataille des Elfes contre l’ombre qui envahissait peu à peu Eryn Galen avant que Lenwë ne naisse. Tout avait changé pendant la vie du Prince de la Forêt. Il était né quand tout était vert et prospère, il avait appris à se battre quand Thranduil avait commencé à soupçonner, de longs siècles avant les autres, ce qui se passait à Dol Guldur. Il s’était battu contre les orcs et les créatures mauvaises qui commençaient à s’infiltrer sous le couvert des grands arbres. Il avait appris à souffrir lorsque l’Ombre envahissait peu à peu chaque parcelle de son royaume, il avait vu de nombreux Chevaliers-Elfes périr pour sauver leur peuple. Et malgré les récits de son aîné, Lenwë ne pouvait comprendre qu’une infime partie de la douleur muette de tous ceux qui s’étaient battus sous les frondaisons d’Eryn Galen.

Un bruit de pas précipités dans la pièce voisine fit machinalement tourner la tête à Legolas vers le son. Il souffla à Lenwë :

- C’est le Seigneur Glorfindel, ne lui dit rien. Je ne veux pas qu’il –

Il se tut brusquement alors que le grand Elfe entrait en coup de vent dans la chambre.

- Legolas ?

Son visage était calme, mais sa voix trahissait une certaine inquiétude. Lenwë se releva et fit un pas en arrière pour permettre au Seigneur-Elfe de s’agenouiller devant Legolas.

- Ce n’est rien, Seigneur Glorfindel.

- Laissons les titres pour le jour, veux-tu ? Tu n’as pas à prouver ton respect. Mais qu’as-tu pour te lever ainsi dans la nuit ?

- Juste un peu de… somnambulisme… et j’ai heurté la chaise.

Glorfindel hocha la tête avec un sourire compréhensif. En même temps qu’il se relevait, il passa ses bras derrière le dos et sous les genoux de Legolas, et le souleva comme une plume pour le ramener sur le lit.

- Maintenant rendors-toi, Prince de Mirkwood, et tâche de ne plus faire pareille inquiétude à ton jeune ami.

Il se tourna vers Lenwë.

- Allons, les Gardes de la Forêt ne sont pas censés rester discuter dans les chambres. Retourne vite à ton

poste avant que l’un de tes capitaines ne passe faire sa ronde. Tu serai puni.

Le jeune garde obéit promptement, et quitta la chambre pour revenir à son poste, comme toujours immobile dans la nuit du palais.

Quand il eut quitté la pièce, Legolas ouvrit un œil et demanda :

- Je ne savais pas que les Gardes étaient parfois punis…

Glorfindel fit un sourire malicieux – étonnant de la part d’un puissant Guerrier-Elfe - et se dirigea vers la porte.

- Moi non plus…

La porte se referma, et Legolas ressentit cruellement son absence. Seul dans la pénombre, il éprouvat alors un sentiment de faiblesse et de vulnérabilité contre le poison qui coulait encore dans ses veines. Fébrile, épuisé, il se mit à rire nerveusement, et finit malgré tout par s’endormir. Il était hanté par la vision d’une ombre sinistre qui se glissait vers le palais…

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