- Allons Estel, debout ! Nous partons dans moins d’une heure !
Le cri d’Elladan résonna dans la tête de l’enfant, crevant la bulle rêveuse qu’il avait mentalement créé autour de lui. Il maugréa et agita ses petites mains devant lui pour tenter de lancer une claque à son frère. Penché sur le lit, le grand elfe rit lorsque les doigts d’Estel effleurèrent son nez sans lui faire de mal. Dépité et maintenant – bien malgré lui – à demi éveillé, le garçon ouvrit les yeux, jeta un regard noir à Elladan et s’assit sur le lit.
- Pourquoi me réveilles-tu maintenant, si on part que dans une heure ?
Attendri par la mine encore embrumée de sommeil de son petit frère, Elladan le prit dans ses bras et lui déposa un baiser sur le front. Presque immédiatement, les ronchonnements de l’enfant se turent et son visage s’éclaira d’un grand sourire : à sept ans, Estel était encore très câlin pour un garçon qui savait déjà assez bien manier un poignard pour pouvoir tuer un ennemi. Bien qu’il fût très jeune lorsque ses parents avaient été tués et qu’il ne s’en rappelât pas, il gardait encore en mémoire la peur que le petit bébé qu’il était alors avait ressentie. Il se sentait protégé dans les bras de ses frères ou de son père Elrond, et resserra son étreinte sur Elladan.
Estel passa les bras autour du cou de son grand frère, soulevant une mèche de cheveux au passage, et contempla rêveusement les longues tresses de son aîné. Il rêvait d’en porter, mais ses cheveux étaient bien trop courts pour que l’on puisse les natter.
Pendant ce temps, Elladan, sans lâcher l’enfant qu’il tenait assis sur son bras, avait de l’autre main ouvert la porte d’une grande armoire, et y piochait des vêtements propres. Coupant court aux rêveries de son frère, il détacha les fins bras de son cou et y fourra les habits à la place. Estel le regarda, il semblait attendre quelque chose. L’elfe ne bougea pas, mais son regard s’emplit soudainement de malice et ses yeux prirent une teinte étrange. Le garçon demanda :
- Tu peux me déposer s’il te plait ?
Elladan fit un grand sourire, prit soudainement l’enfant par la taille et le projeta sur le lit, petite boule humaine mêlée de tissus. Lorsque la tête d’Estel tout surpris émergea de sous une chemise dont la manche lui pendait sur le nez, l’elfe ne put étouffer son rire, et se glissa vers la porte. A peine l’avait-il refermée qu’un oreiller s’y écrasa avec un bruit mat, le ratant de peu.
Riant, il dévala l’escalier et courut rejoindre son jumeau aux écuries. Il l’y trouva en train de brosser son cheval, tournant le dos à l’entrée.
-Amarië, ‘Lhir’ ! Fit-il avec un grand sourire.
- Amarië, Elladan… répondit Elrohir d’un ton morne, sans même se retourner.
Etonné que son frère ne réagisse pas à la taquinerie, Elladan s’approcha de lui.
- Et bien, qu’as-tu ? D’habitude tu me cours après lorsque je t’appelle ainsi… Tu es malade ?
- J’ai seulement mal dormi, ne t’inquiète pas. Mais j’ai comme un mauvais pressentiment concernant Estel.
- Allons, tout va bien, il riait il n’y a pas deux minutes, il n’est pas malade ! Je l’ai jeté sur le lit et – il a de bons réflexes – j’ai failli recevoir son oreiller sur la tête. Tout va bien !
La joie communicative de son frère rendit son sourire à Elrohir.
