Sitôt
que le demi elfe eut franchi la porte de l’auberge,
Daespar Shavyn se leva et se dirigea vers l’escalier, rejoignant sa chambre.
Il se changea, puis mit dans son sac des documents sur l’armure magique
qu’il recherchait. Peu après, il redescendit et alla voir Aurore
:
- je vais à la bibliothèque, si on me demande…
- Je prend un message sans dire quand tu dois revenir, l’interrompit elle.
- Tout à fait.
Apres avoir sourit à la tenancière, Daespar se
retourna, sortit et prit la direction du palais d’Alustriel., reine
de
Sylverymoon, dans lequel se trouvait la bibliothèque.
Ce jour là, les rues de la ville étaient bondées à
souhait, pour cause, c’était jour de marché. Des commerçants
de toute la région et plus loin encore étaient venus vanter
les
mérites de leurs produits.
Finalement, après une heure de marche à travers la foule,
le mage
se trouva devant les portes du palais. Déjà de l’extérieur,
il sentait la magie qui provenais du palais, comme si c’était
par
elle qu’il existait. Pas étonnant pour la demeure d’une élue
de Mystra, pensa t’il.
Il s’avança vers un des gardes de la porte.
- Halte là ! Que voulez vous ?
- Je me nomme Daespar Shavyn, maître scribe de l’illustre bibliothèque
de Château-Suif. Je viens visiter celle de la noble dame de Sylverymoon
à
propos de recherches que je dois malheureusement garder secrète.
- Vous êtes attendu ?
- Non, j’en suis fort peiné, mais je viens d’arriver en ville.
- Je vais vous annoncer, peut être que dame Alustriel daigneras vous recevoir.
- J’en serais comblé.
Le garde se tourna et pénétra dans le palais,
prenant bien soin de refermer la porte derrière lui. L’elfe érudit
patienta longuement à l’extérieur qu’un réponse
lui parvienne. Enfin, après une trentaine de minutes, le garde revint.
- Vous êtes chanceux seigneur elfe, ma reine vas vous
recevoir. Suivez moi !
D’un signe de tête, Daespar acquiesça et
franchit la porte du palais sur les talons du soldat. Il se laissa guider à
travers les couloirs de l’immense palais, croisant des personnes toutes
plus différentes les unes que les autres, allant des fiers guerriers
nains aux hautains elfe, passant par d’autres mages et serviteurs.
Finalement, le soldat s’arrêta devant une porte blanche incrustée
de plaques d’or.
- Entrez, « elle » vous attend.
Apres une courte hésitation, le mage tourna la poignée
de la porte et avança. La pièce dans laquelle il venait d’entrer
se révélait être une chambre, le lit à baldaquin
é
tait entièrement en or, les autres meubles étaient faits
de chêne blanc. Une sublime femme se tenait au milieu de la pièce
: la grande et célèbre dame de Sylverymoon, Alustriel. Daespar
mesurait l’honneur qui lui était fait, une entrevue privée
avec une élue de Mystra. Elle rompit le silence de sa voix mélodieuse.
- Asseyez vous maître Shavyn, et discutons.
Deux fauteuils se matérialisèrent à leurs
cotés. Les deux érudits s’assirent.
- Belle dame, je suis ici à la recherche d’information
sur…
- Sur une armure, me semble t’il.
- C’est cela… Sonderiez vous mon esprit ?
- Effectivement… c’est malpoli je l’avoue, mais cela évite
d’interminables conversations, et nous fait gagner du temps… à
tous les deux.
- Donc… ? osa t’il demander.
- Je connais l’histoire du tyran qui régnait ici autrefois,
mais
je ne saurais vous en dire plus que vous ne sachiez déjà, l’armure
fut dérobée, puis plus personne n’en entendit parler.
- Et à propos de son passé ?
- D’après les légendes, le créateur de l’armure
serais Ghaunador.
- …
- Oui… un des anciens dieux qui régnaient au temps des dragons.
- C’était un dieu puissant… l’artefact dois l’être
plus que je me l’imaginait…
- Et Ghaunador a maudit l’objet. Toute personne portant l’armure
vois rapidement son cœur s’obscurcir, et sèmeras la mort
sur
sa route. Même le plus fidèle des paladins deviendrais aussi
mauvais
qu’un tanaar’i en la portant. Je n’en sais pas plus.
- C’est déjà beaucoup ma dame… mais une dernière
chose ? vous étiez au courant de ma venue ?
- Tu n’es pas le mage le plus discret des Royaumes et j’ai mes
informateurs.
Maintenant, vas.
Elle lui déposa un baiser sur la joue et disparut.
- Quelle femme… souffla t’il.
L’elfe réfléchit à ce qui arriverait
si l’armure était retrouvée. Dans ce cas, toutes les
mains
dans lesquelles elle tomberait étaient mauvaises, mais il avait pour
mission de la retrouver et de la ramener à château Suif, où
elle serait étudiée. Il mènerait sa mission à bien.
Il entreprit alors de quitter le palais.
Pendant ce temps, à bien des lieues de là, une
bataille se déroulait.
A la vue des ermites aux mains avec des chevaliers vêtus d’amures
noires, Sylfaën n’hésita pas un instant et se jeta dans
la
bataille, cimeterres en main. Les guerriers, supérieurs en nombre
comme
en puissance, massacraient littéralement les ermites. Le temps était
venu pour le demi elfe de mettre en pratique les techniques de combat qu’il
avait acquises au cours de ses entraînements à Eternelle Rencontre.
Il entame donc une danse avec ses lames, qui tournoyaient dans ses mains,
formant
de gracieux cercles et fauchant les ennemis sur leur passage, mais à
chaque chevalier abattu, deux autres arrivaient, et Sylfaën fut rapidement
encerclé. Mais rien ne pouvait stopper sa danse mortelle, ces chiens
paieraient chèrement le prix d’avoir lâchement attaqués
l’ermitage. Sylfaën fit donc tomber les tête d’une
dizaine
de soldats, mais bien qu’il fut rapide, il manquait de pratique et
de
force, il fut finalement assommé du plat de l’épée
par un soldat corpulent puis.. noir complet.
Quand il reprit connaissance, le demi elfe découvrit d’abord
avec
horreur que la chaumière était en proie aux flemmes, les guerriers
jetaient les morts dans le brasier avec une joie carnassière. Puis,
sentant
une horrible douleur, il comprit qu’il avait été attaché
à
un arbre… ses main…clouée à des branches,
son sang coulait le long de son bras, Puis séchait le long de son
corps,
dépouillé de vêtements, le rendent à la nudité
originelle. L’odeur du sang était à la limite du supportable.
Un des guerriers, leur chef semblait il, s’avança vers Sylfaën.
- Tu as de la chance d’être en vie, chien d’elfe,
j’ai suivi mes ordres, mais sache qu’on ne défie pas le
réseau
noir impunément.
Sylfaën ne pouvait pas répondre, ses sens troublés
par la douleur. Le Zhentarim était derrière tout ça,
et
on lui laissait la vie sauve… Pourquoi … ?
- Si jamais on se recroise, je te tuerais, Sylfaën Sae’drim,
alors n’oublie pas le nom de Karmator Feream. Fuis quand tu l’entend,
et pleure si tu me revois.
Ce nom…. Feream… Sylfaën le connaissait bien…
C’était celui de l’homme qui avait trompé Mélia
Sae’drim… C’est de cette unique nuit qu’ils passèrent
ensemble que naquit le demi elfe. Y aurait il un lien entre le guerrier et
son
père ? Peu importais à Sylfaën, qui avait une priorité
: Survivre.
Dix minutes plus tard, une fois les zhentilars partis, le demi elfe vit
des
formes avancer vers lui… la fièvre lui troublait la vue, et
il
ne sentait même plus la douleur. La forme, de plus en plus trouble,
s’avança
vers lui… il put comprendre ce qu’elle faisait : Elle lui arrachait
les pieux des mains… Il perdit connaissance…
Le même soir, à Sylverymoon…
Apres avoir erré toute la journée dans la ville, méditant
sur la puissance de l’armure de Ghaunador, le soir venu, Daespar rentra
enfin à l’auberge. La salle était pleine à craquer,
et Aurore avait fort à faire pour servir tous les clients. Elle s’arrête
tout de même à la vue de l’air songeur du mage, qui venait
s’asseoir au comptoir. Elle allait l’interroger, mais il la devança
:
- Des messages pour moi aujourd’hui ?
- Aucun, enfin, je me suis absentée en fin de matinée, j’ai
dut aller au marché racheter de la liqueur.
- Bien.
- Oserais je te demander ce qui te préoccupe ?
- Désolé, mais tu ne dois pas être mise au courant,
beaucoup
de monde tu tuerait pour savoir ce que j’ai apprit.
- Je comprends…
- Je vais me coucher présent… A demain.
Il se leva, déposa un baiser sur le front de la belle
elfe, puis monta l’escalier, gagnant sa chambre. Cette nuit la, il
rêva
de guerres passées, il vit des elfes noirs, l’un d’entre
eux était plus grand que la normale, il portait une armure aux reflets
enflammés… Des adorateurs de Ghaunador. Les elfes blancs face à
eux ne faisaient pas le poids et furent massacrés. L’homme à
l’armure se métamorphosa en un gigantesque dragon noir et les
derniers
survivants périrent dans d’atroces souffrances, par les flammes
de la créature… Telle était la puissance de l’artefact.
Le demi elfe retrouvait peu à peu conscience. Où
é
tait il ? Avait il survécu à ses blessures ? Ou était
ce l’au-delà ? Il ouvra péniblement les yeux pour découvrir
qu’il était étendu sur un lit de mousse, en plein centre
d’une clairière… il n’y avait personne d’autre
que lui… Rien que des arbres. Quelqu’un lui avait donné de
nouveaux vêtements. Etrangement, il ne ressentait plus aucune douleur.
Il baissa le regard vers ses mains, bandées. Il prit sur lui de retirer
les bandages de plantes pour découvrir… qu’il ne portait
aucune cicatrice. Il se leva… puis s’étala de toute sa
masse
sur le sol. Il n’avait pas encore récupéré toutes
ses forces… Au moins, cela prouvait qu’il était vivant.
Soudain,
une voix grave et rauque rompit le silence paisible de la foret .
- Vous voilà réveillé messire Sae’drim.
Sylfaën se retourna pour examiner son interlocuteur, et
il eut la surprise de découvrir.. un nain. Une longue barbe rousse
tressée
tombait à ses pieds. Il était vêtu d’une armure
en
mailles d’acier et un marteau de guerre pendait à son flanc.
- C’est vous qui m’avez soigné ?
- S’il n’en avait tenu qu’à moi, je vous aurait
laisser
planté à votre arbre. Mais il semble que des personnes puissantes
tiennent à vous.
- Donc c’est vous ?
- C’est moi qui vous ai décloué, dit il ricanant, mais
c’est
le chaman de mon clan qui vous a soigné.
- Et qui êtes vous donc ?
- Rupert Tranchorc.
- Et moi…
- Je sais qui tu est, semi elfe ! Et dieu seul sait à quel point
je m’en
moque. On m’a ordonné de te sauver, c’est fait. A présent
tu dois partir, je t’ai retrouvé un de tes cimeterres et on
m’a
demandé de te confier celui ci. Ainsi que cette cotte de maille.
- Merci beaucoup.
- L’armure est des plus classique, mais le cimeterre est.. spécial.
Sylfaën observa l’arme, elle luisait d’une lueur blanche,
sur
la lame était gravé un mot elfique : Cormytril. Une émeraude
é
tait incrustée au bout de la garde.
- Vous allez vous préparer et partir, reprit le nain,
je ne vais pas passer toute la journée ici à attendre d’être
sûr que vous soyez partit !
- Bien sûr… je m’en vais, dit il, souriant
- N’oubliez pas. Ce n’est pas parce que nous avons des ennemis
communs
que nous sommes amis.
Sylfaën enfila l’armure, passa les cimeterres à
sa ceinture, puis il partit, saluant une dernière fois le nain. Tout
en marchant, il réfléchit, tout avait été si
vite…
D’abord sa rencontre avec Daespar, qui l’entraîna dans
cette
histoire de chasse au trésor, puis l’attaque de l’ermitage..
La connaissance de celui qui pourrait être son parent, et enfin la
découverte
que des personnes haut placées s’intéressent à lui…
Cela faisait beaucoup pour le jeune demi elfe… mais il devait rejoindre
rapidement Sylverymoon, pour faire part à Daespar de ce qu’il
avait
découvert… le temps des réponses viendrait bien assez
tôt.
Il sortit alors du bois dans lequel il avait été conduit, pour
découvrir qu’il était à moins de deux heures de
marches
de Sylverymoon. Il partit d’un pas rapide.
